Cico, un petit hippocampe, vivait sous la falaise et aimait les coquillages rangés par couleur, par taille et à distance parfaite.
À cette heure-là, le jour ne finissait pas d’un seul coup. Il se pliait lentement: une ombre bleue sur le mur, la mer plus basse, l’odeur tiède de la pierre, des feuilles et du repas qui venait des maisons voisines.
Pour la Parade de la Lune, il voulait que tous avancent de la même manière, mais les petits, les ronds et les fêlés avaient chacun leur pas.
La nuit répondit sans bruit. Sous la pleine lune, chaque coquillage commença à briller avec sa propre lumière et son propre son. Personne ne l’annonça; cela apparut simplement, comme apparaît la meilleure magie du soir: assez proche pour être touchée, assez douce pour ne faire peur à personne.
Cico voulut les corriger, puis il écouta la baie et comprit que les différences n’étaient pas des erreurs.
Alors l’histoire se mit à avancer par petits pas. Il n’y avait pas de course, pas de grande leçon, pas de discours d’adulte pour tout expliquer. Il laissa le coquillage rose guider un moment, les coquillages ronds rouler et les coquillages fêlés dessiner des lumières avec leurs bords.
Puis vint le moment où la petite difficulté changea de forme. La parade ne fut pas aussi droite que son plan, mais elle respirait comme la mer et devint plus belle que la perfection.
La lune resta au-dessus des toits et le lieu redevint tranquille. Ce qui semblait confus ou trop grand était maintenant composé de petites choses: un souffle, un regard, un geste attentif, un nouvel essai.
Cico s’endormit la queue dénouée, en pensant à la phrase écrite dans le sable: ensemble ne veut pas dire identiques.
Quand le sommeil arriva enfin, il vint doucement. L’enfant qui écoute l’histoire peut presque entendre ce que les personnages ont appris: aller lentement, regarder ce qui est proche et laisser la nuit devenir une amie.
Rituel de lecture: Lire lentement, en laissant une pause douce entre les scènes pour que l’enfant voie le lieu avant de nommer l’émotion.
